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Un peu d'histoire
La naissance des projets de canaux
La Loire a toujours été
difficilement praticable en raison de l'ensablement permanent de son lit et des
variations importantes de son débit.
• La première idée de canal "moderne" date du 11 Mars 1604 lorsque
Henri IV signe les lettres patentes dont le préambule constitue l'acte de
naissance officiel du canal de Briare, ou "canal de Loyre en
Seyne". En 1642 les eaux du canal de Briare, alimentées notamment
par le Loing et la Trézée, permettent la liaison entre la Loire et la Seine.
C'est le début de la création d'un grand réseau fluvial en France.
A la mort de Louis XIII l'année suivante, plus de mille bateaux sont
déjà descendus de Briare à Paris. (pour mémoire : Briare : 125 m d'altitude,
Paris : 26,34 m)
• En 1784, commence la construction du Canal du Centre qui doit relier la
Saône à la Loire, de Chalon/Saône à Digoin. Elle est terminée dans l'année
1793, sous la direction de l'ingénieur chalonnais Emiland Gauthey. Dès lors, la
nécessité d'une liaison de Digoin à Briare par un canal apparaît évidente,
appuyée par Emiland Gauthey lui-même. Cette réalisation est motivée par
les besoins croissants en moyens d'acheminement des matières premières et des
produits finis que présente alors l'économie de la France, en pleine
révolution industrielle.
La décision de la construction de ce canal latéral à la Loire est prise par
Napoléon 1er en 1806.
Louis Becquey et le réseau fluvial français
L’expension du réseau fluvial
français doit beaucoup à un homme trop souvent oublié : Louis Becquey, alors
Directeur des Ponts et Chaussées et ministre des Travaux Publics sous la
Restauration. Par ses lois du 5 Août 1821 et du 14 Août 1822, ce sont plusieurs
milliers de kilomètres de voies d'eau nouvelles qui ont été créées, aménagées
ou modernisées . Ainsi, avant le gabarit “Freycinet” il y eut le gabarit
“Becquey” ( 30,40 m de longueur utile, 5,20 m de largeur utile, mouillage 1,60
m, tirant d’eau 1,30 m, hauteur libre sous ouvrages 3 m ( parfois moins, comme
sur le Nivernais). Le canal latéral à la Loire s'inscrit pleinement dans le
programme ou "plan Becquey".
Le Canal Latéral à la Loire ...d’avant-projets en abandons
La décision de creuser le
canal latéral à la Loire a fait pendant des dizaines d’années l’objet de
décisions suivies de remises en cause ou d’abandon. C’est l’ingénieur
Emiland-Marie Gauthey qui, dès avant la Révolution, en préconisait la
construction. Puis sur instruction du Directeur général des Ponts et Chaussées,
une étude est confiée à l’ingénieur en chef Boistard, étude qu’il traduira
dans un rapport remis le 14 Avril 1806. Le 19 Mai 1806 le projet de Boistard
est adopté. Au cours des années qui suivent d’autres projets sont étudiés.
Enfin par un article de la loi Becquey du 14 Août 1822, la réalisation du canal
latéral est confiée à la Compagnie des Quatre Canaux ( les 3 autres étant le
Nivernais, le Berry et les canaux bretons : Nantes à Brest, Ille-et-Rance et
Blavet) qui prête la somme estimée nécessaire à sa réalisation soit douze
millions.
Peu après, en 1827, une autre compagnie, la "Franco-suisse", se
propose de financer un prolongement du canal Latéral jusqu'à Roanne. Ce sera le
canal de Roanne à Digoin. L'ensemble de la ligne ligérienne de Roanne à
Briare s'étendra sur environ 250 km.
La réalisation du Canal Latéral de 1822 à 1838
Le projet est déposé le 14 Août
1822, mais de nombreux problèmes se posent lors de la réalisation. En effet
l'implantation des villes de Nevers, La Charité sur Loire et Cosne, érigées sur
des coteaux de la rive droite du fleuve ne laisse guère de place sur la
rive droite de la Loire pour le passage d'un canal. Mais surtout ces villes
ne tiennent pas à être séparées du fleuve qui assure alors leur
prospérité. Il faut donc faire passer le canal sur la rive
gauche dans la majeure partie de son parcours.
Les travaux commencent en 1827, confiés aux ingénieurs Vigoureux, pour la
partie amont de Digoin au Guétin, et Lejeune pour la partie aval du
Guétin à Briare. Ils sont terminés en 1838 sous Louis Philippe.
Au nombre des ingénieurs qui ont collaboré à ce canal, on compte aussi Talabot
qui s'illustrera plus tard dans le chemin de fer, et Lebasteur, qui concevra le
canal de la Haute Seine.
Le délicat problème des franchissements de la Loire et
de l’Allier
Remarquons qu'à l'origine, le
canal latéral se greffe au canal du Centre à 4 km en amont de Digoin, au
lieu-dit "le Paradis" (où les vestiges de l'écluse
27 Méditerranée du canal du Centre sont toujours visibles). Jusque
dans les années 1860, les deux canaux seront parallèles sur environ 2 km avant
de se séparer, le premier en direction de son pont-canal, le second pour rejoindre
la Loire à travers les prairies de la Briérette, et par l'actuelle Avenue des
Platanes. Lors de la construction de la rigole navigable de l'Arroux, destinée
à alimenter le canal latéral, vers 1860, les deux canaux seront réunis, et les
4 km entre le Paradis et le port Campionnet seront intégrés au canal du Centre.
Mais le bornage du latéral restera le même, prenant son origine au Paradis.
Pour relier ce nouveau canal à ceux déjà existant (Briare et Centre) il
faut franchir deux fois la Loire, à Briare et à Digoin et l'Allier au Guétin.
Pour celà, le jeune ingénieur Jullien conçoit, sous la tutelle de
Vigoureux, deux grands pont-canaux en maçonnerie, à Digoin sur la Loire,
au PK 4,5 du canal, et au Guétin sur l'Allier au PK 111. A l'origine, des
traversées à niveau, dans le lit des rivières même, ont été envisagées, puis
rapidement écartées en raison des difficultés de la navigation en Loire.
Le pont-canal de Digoin mesure 243 m de long et est rapidement suivi d'une
écluse de 3,90 m de chute. Celui du Guétin mesure, avec son écluse triple d'une
chute de 9,20 m, 470 m de long. Sa cuvette seule mesure 362 m.
Au niveau de Briare, la construction d'un pont-canal est ajournée et l'on se
contente d'une traversée de la Loire dans son lit même.
La traversée de Châtillon
Etablir vers Briare, un
pont-canal en maçonnerie serait inconcevable, car il constituerait un veritable
barrage aux crues de la Loire. C'est l'invention de l'acier doux, dans les
années 1870, qui va rendre la réalisation d'un pont-canal
métallique, suffisamment robuste et léger à la fois, envisageable.
Mais, avant celà, voici comment se passe la traversée :
• Les bateaux quittent le canal latéral à Châtillon sur Loire à l'écluse de
Mantelot sur la rive gauche. Ils descendent ainsi dans un chenal
aménagé dans le lit du fleuve endigué entre deux épis distants de 55 m.
Ils retrouvent le canal 1020 m en aval, à l'écluse des Combes, en
rive droite. Le canal, alors parallèle à la Loire, rejoint Briare à 5 km en
aval, où il se raccorde au canal de Briare, déjà bicentenaire. Que ce soit
dans le sens montant ou dans le sens avalant, cette traversée est très pénible,
longue et dangereuse. L'attente, atteignant souvent plusieurs jours, a
nécéssité la création des grandes gares d'eau de Mantelot et des Rabuteloires.
En 1880, un service de touage vient soulager quelque peu les difficultés de
cette traversée qui est considérée comme le point noir de la liaison
Saône-Seine par la vallée de la Loire (ce qui explique en partie le succès du
canal de Bourgogne, plus direct malgré ses 189 écluses). Le toueur à vapeur
"Progrès", sorti des chantiers de Châteauneuf-sur-Loire de l'ingénieur
Ferdinand Arnodin (connu par ailleurs pour ses ponts transbordeurs) se déhalait
sur un câble fixé à terre au musoir aval de l'écluse de Mantelot, et qui
s'enroulait sur un tambour, à bord du bateau.
Freycinet
En 1860 le Gouvernement rachète le
Canal qui a du mal à résister à la concurrence acharnée que lui fait le chemin
de fer. Pour rééquilibrer le marché et rétablir une saine concurrence, l'Etat
décide de moderniser les voies d'eau. C'est l'objet de la loi Freycinet du 5
août 1879.
• La loi Freycinet impose des dimensions plus importantes pour les
écluses (38,50 m de long, 5,20m de large) et la cuvette des canaux (rayon des
courbes agrandi, largeur au miroir portée de 13 à 18 m, hauteur libre sous
ouvrage portée à 3,50 m et surtout mouillage porté à 2,20 m). Il n'est
plus concevable d'utiliser la traversée de Châtillon, et l'on réfléchit déjà
depuis 1876, sur le projet d'un pont canal. Il verra le jour quelques années
plus tard.
En 1886 arrive enfin l'approbation des plans pour l'exécution du Pont Canal. C'est
l'ingénieur en chef Léonce-Abel Mazoyer, alors en poste à Nevers, qui va
avoir en charge sa réalisation. Celà s'inscrit dans le cadre de la mise au
gabarit Freycinet de toute la ligne Roanne-Briare, en plus d'une partie du
Nivernais, dont il a reçu la mission.
Le pont-canal de Briare est construit de 1890 à 1897, mais c'est le 16
septembre 1896 qu'un premier bateau, "Aristide", appartenant au
marchand de bois Esnest Guingamp, le franchit. Mal accueilli dans un premier
temps par les Briarois, le pont-canal ne connaît alors pas d'inauguration
officielle. Il faudra attendre un siècle pour qu'à l'occasion de son centenaire
en 1996, le président de V.N.F. François Bordry l'inaugure officiellement en
compagnie de son ami Dominique Baudis, maire de Toulouse, dont le canal du Midi
vient d'être inscrit au patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.
La construction du Pont Canal de Briare
• Conçu par l’Ingénieur en chef
Léonce-Abel Mazoyer, assisté de l’ingénieur Charles Sigault qui en
dessine notamment les célèbres pilastres, ce pont canal métallique mesure
662,69 m de long, 11m de largeur hors tout et offre aux bateaux un mouillage de
2,20 m ainsi qu'une largeur navigable de 6 m entre les banquettes de service.
C’est l’entreprise Daydé et Pillé, de Creil qui réalisera la grande
cuvette en acier doux, très novatrice, tandis que Gustave Eiffeil
concevait les 14 piles, espacées de 40 m, et aux avant -et -arrière-becs
profilés en proue de bateau, qui devaient la porter (chacune des travées doit
porter environ 530 tonnes d'eau).
Quatre erreurs récurrentes doivent être corrigées :
1. "Le pont-canal de Briare
permet au canal de Briare de traverser la Loire". FAUX : C'est au canal
Latéral à la Loire que le pont-canal de Briare permet de franchir la
Loire. Il n'y a AUCUN pont-canal sur le canal de Briare (tout juste des buses
pour le passage du Solin à Buges).
2. "C'est Gustave Eiffel qui a construit le pont-canal de Briare".
FAUX : nous l'avons vu, sa paternité en revient à l'ingénieur Mazoyer.
Mais il n'est pas dit qu'Eiffel n'ait pas prodigué quelques conseils en matière
d'emploi du métal...
3. "C'est le plus long pont-canal d'Europe". C'était vrai jusqu'en
2002. Le pont-canal de Briare a détenu ce record pendant plus d'un siècle,
jusqu'à ce que le pont-canal de Magdebourg, qui permet au Mittellandkanal
allemand de franchir l'Elbe, le détrône avec près de 900 m de long.
4. "Le pont-canal de Briare est unique en son genre". Il faudra nous
expliquer en quoi ! Le pont-canal de Briare n'ets pas le premier pont-canal
métallique au monde, ni même en France : il est précédé par ceux de Barberey
(1846), Sarralbe (1870), Moeslains (1880) et pas mal d'autres... Son unicité
n'est due qu'à sa longueur assez exceptionnelle, il faut bien le dire. Mazoyer
lui donnera même un "petit frère" en 1897, à l'autre extrémité de la
grande ligne ligérienne, à Roanne. C'est le pont-rivière de l'Oudan, qui permet
à cette rivière de passer par-dessus le canal de Roanne à Digoin.
Le canal et ses embranchements
• La ligne principale du canal latéral à la Loire est aujourd'hui longue de 196
kilomètres et comporte 37 écluses. En effet, "Maimbray", la
dernière avant le pont-canal de Briare, porte le numéro 38, mais l’écluse
N° 23 du Guétin fut supprimée à l’initiative de l’ingénieur Mazoyer qui
transforma l’écluse triple (n°21-22-23) en écluse double (n°21-22) lors du
passage au gabarit “Freycinet”. Dans les années 1860, 4 km en amont de Digoin
ont été "donnés" au canal du Centre.
Si l’on inclut les embranchements, le canal latéral à la Loire est long de 219
Km et comporte 48 écluses.
Le canal latéral à la Loire est établi presqu’en totalité sur la rive gauche de
la Loire or les activités industrielles sont principalement implantées en rive
droite, ce qui a nécessité l'ouverture de plusieurs embranchements, dont tous
n'ont pas été portés au gabarit Freycinet :
- Decize ouvert en 1845, long de 543 m, comporte 2 écluses au gabarit
Freycinet. Cet embranchement assure la jonction du canal Latéral avec celui du
Nivernais, par l'intermédiaire d'un bief de 2 km navigable de la Loire soutenu
par un barrage mobile à Saint-Léger-des-Vignes.
- Nevers ( 1855-1861) long de 2,9 Km, comporte 3 écluses, dont celle de la
jonction en Loire est reconvertie en piscine.
- Givry-Fourchambault ( 1841-1846 ) long de 2,4 Km, comporte 2 écluses (et un
excellent restaurant à son extrémité). Cet embranchement est au gabarit
Freycinet.
- St. Satur ( 1854-1857) long de 690 m, comporte une écluse.
A ces embranchements à vocation industrielle, il convient d'ajouter les
suivants, qui ont plutôt un rôle alimentaire :
- Dompierre sur Besbre, long de 2,7 Kms est une rigole alimentaire navigable
qui amène au canal de l’eau provenant de la Besbre. Il n'y a pas d'écluse.
- Les Lorrains à Apremont sur Allier, long de 3,4 Km, comporte une écluse
ronde. Cet embranchement n'assure plus aujourd'hui que l’alimentation du canal
avec l’eau de l’Allier.
Il faut enfin ajouter l'ancien tracé de 1838, devenu embranchements à la suite
de la mise en service du pont-canal de Briare :
- Châtillon / Loire, long de 4,5 Km, comporte 3 écluses. C'était la ligne
principale du canal avant la mise en service du pont-canal de Briare. Cet
embranchement rejoint l’écluse de Mantelot qui a repris une certaine activité
du fait des travaux réalisés pour mettre en valeur l'ensemble du site.
- Les Combes, sur la rive gauche de la Loire, long de 5,2 Km, comporte 2
écluses dont une de garde à Briare. Cet embranchement, qui n'est autre que la
suite et la fin de la ligne principale du canal avant la mise en service du
pont-canal de Briare, est partiellement rouvert et mène du port de plaisance de
Briare à l’écluse des Combes, actuellement fermée.
Si vous cherchez à mieux connaître le canal
Vous pourrez trouver d’autres renseignements concernant le latéral à la Loire
sur les sites suivants dont nous ne garantissons pas le contenu.
L'Amicall ne pourra être tenue pour responsable du contenu de ces pages.
http://fr.structurae.de/projects/ptype)index.cfm?ID=10
ANPEI: Centre Nivernais: Le Canal Latéral à la Loire
Canals in France: Loire Lateral Canal
DDE Nièvre: Patrimoine - Le Pont Canal de Briare
Fourchambault.com: La Loire
Kanalen in Frankrijk: Canal latéral à la Loire
La Maison des deux Marines
Mairie de Sermoise: Du Canal latéral à Loire
Mantelot - visite guidée
Un ouvrage très documenté intitulé “Le canal latéral à la Loire” dans la
collection ITINÉRAIRES DU PATRIMOINE, réalisé par le service régional de
l’Inventaire - DRAC du Centre - Texte de Valérie MAURET-CRIBELLIER - Photos de
Robert MALNOURY
Embranchement de Châtillon
Une plaquette réalisée en collaboration par VNF Centre Nivernais et notre
association est disponible dans les offices de tourisme de Briare, Châtillon,
Beaulieu et aux écluses de Belleville, Maimbray et La Cognardière
PS, Nous avons emprunté un certain nombre d’informations à Charles Berg qui a
écrit de nombreux ouvrages sur les canaux et à l’ouvrage ci-dessus indiqué de
la DRAC Itinéraires du patrimoine

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